[FESTIVAL] FME 2015: Le plaisir croît avec l'usage

La seconde journée du FME m’a donné une meilleure idée encore de ce que ce festival avait dans le ventre, car non seulement nous avons pu profiter des activités en journée, nous avons également pu nous rendre dans un des 5 à 7 parmi la demie-douzaine offerts chaque jour.

Le lever de corps est difficile et décalé pendant le FME, ce qui ne nous a pas empêché de louer des vélos pour faire le tour du lac, avant de nous rendre au fameux party secret, un secret de polichinelle comme il était sur toutes les lèvres, où Bonsound conviait les médias, artistes et agents à festoyer dans un gros garden party et épluchette de blé d’inde avec petite piscine et quai donnant accès au lac, en bonus. Malheureusement, lorsque nous sommes arrivés la performance de Safia Nolin, nouvellement signée sur Bonsound, venait tout juste de prendre fin. Comme je sais que je manquerai les autres performances, prévues à 11h15 samedi sur la presqu’île et en accompagnement de LJ Cormier et Seoul pour le concert de clôture, j’étais un peu déçu, mais je me reprendrai à Québec cet automne.

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GENEVIÈVE & MATTHIEU (Crédit photo : Nathalie Picard)

L’après-midi tirait à sa fin, signifiant que l’heure était venue de nous rendre au Centre d’exposition de Rouyn-Noranda pour la performance de la Jamésie à laquelle nous conviaient l’inclassable duo local, Geneviève & Matthieu. Comment décrire cette performance, qui sera probablement ma découverte coup de coeur du FME 2015, une fois les festivités terminées et la poussière retombée? L’utilisation de toutes les formes d’art et la cohésion qui persiste malgré l’apparent éparpillement impressionne. On entre dans un décor de toiles géantes, de sculptures et de projections vidéo, puis tranquillement, les artistes font leur apparition et le duo est complété par un chanteur d’opéra semblant échoir d’une tribu de motards post-apocalyptiques qui seraient entre temps retournés à l’état de nature, qui était en fait Mingo l’Indien des George Leningrad. Ensuite, les formes d’art défilent: le chant et la musique, naturellement, mais aussi, la peinture en direct faite avec frénésie, dont résulte une séance de bodypainting, des cascades sous forme de culbutes sur une des toiles qui s’est avéré être un tapis circulaire gonflable aussi employé comme punching bag, mais aussi des cascades d’assiettes peintes fracassées sur le crâne. À cela s’ajoutent des pas de claquette, de la démolition de décor, du déménagement, et la musique demeure au centre de tout ça. L’humour et la poésie semblent servir de ciment pour l’expression artistique et contribue à lier les autres formes d’art ensemble et à faire passer le message, parce que message il y avait. « La bibliothèque est pleine de mystères » disaient-ils, avant d’ajouter « ils ont manqué l’oasis parce qu’ils n’avaient pas assez soif ». On dénonçait d’une part la vacuité qui touche une partie du domaine des arts, inauthentique ou impertinente, mais aussi, d’autre part, le traitement réservé aux autochtones, la misère existentielle résultant du travail dans un no man’s land, et de la réouverture des chantiers de la Jamésie, que le gouvernement veut dépoussiérer avec la refonte du Plan Nord.

Ma journée était déjà un franc succès et je n’avais pas encore assisté aux concerts comme tel. Grande fût ma déception d’apprendre que la scène extérieure de la 7e rue ne serait pas réemployée, et donc que les entractes ne seront plus bercées par la musique live, mais pas un DJ qui semblait s’être trompé de festival et qui faisait jouer du top40. L’ambiance était à la fête dans le Petit Théâtre du Vieux-Noranda, où Galaxie et LJ Cormier regardaient PONI livrer une performance impeccable et énergique pour réchauffer la foule. Leur rock franco semble le dernier né d’une tradition rock québécoise où la sainte-trinité Galaxie-Fortin-Langevin occupe le rang d’honneur. D’ailleurs, la formation partage son batteur, Jonathan Bigras, avec Galaxie, et quel batteur! Une performance impeccable et des rythmes envoûtants, où le matériel figurant sur l’album paru l’an dernier avait la part belle. Quelques nouvelles pièces se sont aussi glissées dans le set, laissant augurer un virage plus pop et plus léché pour la formation qui commence à attirer pas mal d’attention.

S’ensuivait un des moments que j’attendais de cette édition du FME, parce que je me doutais bien que PONCTUATION allait en mettre plein la vue et les oreilles malgré le fait que les ai vus déjà très souvent. L’ajout d’un troisième membre, la bassiste Laurence Gauthier-Brown, à ce duo original des prolifiques frères Chiasson, c’est ce qui permet de leur faire atteindre un nouveau niveau de performance en termes de présence sonore et scénique. Le duo se débrouille très bien mais les fréquences ajoutées sont les bienvenues. Ils ont livré une performance impeccable et énergique du début à la fin devant une foule relativement statique d’abord, mais déjà conquise si on se fie aux décibels émis entre les morceaux. Peu d’interventions du groupe ont ponctué la performance, les hits s’enchaînant plutôt à une vitesse vertigineuse. Pendant la dernière demie-douzaine de morceaux, le plancher de danse s’étendait déjà la moitié de la salle. Un slam dansant et du body surfing en abondance ont accompagné le show jusqu’aux dernières notes. Après un assourdissant mur de son, ils ont commencé la reprise de Link Wray intitulée « Comment ça? » qui a insufflé une nouvelle dose d’énergie à la foule déjà complètement ravie. Le guitariste-chanteur qui monte sur le bassdrum l’instant d’un punk jump et c’était dans la boîte en ce qui les concerne, quoique la rumeur veut qu’une performance secrète ait lieu plus tard aujourd’hui.

Les oreilles bourdonnantes, j’attendais avec impatience le show de Duchess Says qui, fidèle à la tradition, allait probablement être caractérisé par le comportement erratique, voire possédé, de la chanteuse Annie-Claude Deschênes, et le groupe a livré la marchandise. Fiers de la parution d’un split 12″ plus tôt cette année, ils ont également propulsé des pièces complètement inédites à ma connaissance, et on a dénoté une certaine évolution du style du groupe. Sur ces nouveaux morceaux, le traditionnel dance-punk ou électro-rock laisse davantage sa place à du rock garage psychédélique aux accents traditionnels, comme peuvent le faire les Marinellis. A-C prend souvent place pour l’occasion derrière le synthétiseur, fixé au sol ou attaché en bandoulière, ce qui a pour effet de diminuer par moments son dynamisme. La performance somme toute explosive et haute en couleurs, mais le groupe s’est relativement calmé au fil des ans, ce qui ne l’empêche pas de livrer la marchandise. Pour le rappel, ils se sont payés un vieux hit avec Black Flag, et tout le monde dansait et sautait avec frénésie jusqu’aux dernières notes.

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NAVET CONFIT ET A-C (DUCHESS SAYS) (Crédit photo : Nathalie Picard)

Le temps de sortir dehors, le show de Navet Confit était déjà commencé, et on a encore eu droit à un bon show rock en bonne et due forme. Parmi les moments notables de la performance, la visite d’Annie-Claude Deschênes, fraîchement sortie de scène, l’instant d’un morceau, qui a été immédiatement suivi d’une pièce écrite en collaboration, selon le musicien humoriste Navet Confit, avec la chorale féministe de Manson Hill, ou quelque chose du genre, vantant les mérites de la stupidité d’une fille qui serait tombée amoureuse de lui. La chorale, on s’en doute, n’a pas pu se déplacer, mais fort heureusement, la technicienne de son qui l’accompagnait semblait en être une membre émérite et elle l’a accompagné pour le refrain, à partir de sa console. Le musicien en a profité pour dévoiler des pièces de son album à paraître cet automne.

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PEREGRINE FALLS (Crédit photo : Nathalie Picard)

La performance faisait une bonne transition avec celle de Peregrine Falls qui était prévue à minuit au sous-sol du Petit Théâtre. Le groupe a livré une performance survoltée où le rock instrumental syncopé et nerveux était à l’honneur. On dénote parmi leurs influences des groupes similaires aux influences de Totorro, mais avec un pendant moins léché et moins post-rock, les rapprochant plus de The Psychic Paramount et de Don Caballero. L’instant de deux morceaux, le guitariste utilisait même un archet pour multiplier les possibilités sonores. Belle découverte.

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THE FLESHTONES (Crédit photo : Nathalie Picard)

Nous avons quitté un peu avant la fin parce que la performance des Fleshtones prévue au Diable Rond s’annonçait comme mémorable, mais rien ne laissait présager l’ambiance de fête qui s’y est installée. Le feu était déjà pris quand on a réussi à rentrer dans le petit bar sympathique où les légendes du rock garage psychédélique livraient des leçons de rock aux mélomanes réunis. Le plafond de huit pieds sur lequel était fixé l’éclairage n’a pas empêché le body surfing d’être une activité attrayante. Les membres de Ponctuation ont passé une bonne partie de la performance juchés sur les bras des spectateurs et même yours truly a eu droit à sa première expérience dans ce registre. C’est bien plaisant le body surfing, mais j’ai perdu la moitié de cette chronique que j’ai donc réécrite de mémoire. La fin de soirée au bar chez Les Chums en face, à gueuler les paroles de hits québécois ou à mimer avec ma bouche le solo de The Wall, contribue aussi aux légères pertes de mémoire ce matin. Il manque donc certains détails qui à ce stade là sont relativement accessoires, parce que ce qu’on retient, c’est que le plaisir est encore plus au rendez-vous que je n’aurais pu croire et que ce vendredi 4 septembre restera gravé dans mes annales comme une des plus belles journées passées dans un festival de musique.

 

N’oubliez pas de visiter la superbe galerie des photos du second soir, gracieuseté de Marion Desjardins:
http://ecoutedonc.ca/2015/09/05/festival-fme-2015-jour-2-en-images/

 

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