[FESTIVOIX] Compte rendu de David – 29 juin 2019

Crédit photo : Jean-François Desputeaux

Mara Tremblay – Voix Acoustiques – Scène Le Trou du Diable – 17 h 

   Hier soir, la menace d’un gros orage a commencé à peser lorsque je suis entré dans la navette pour aller sur la scène extérieure de la Vieille prison, lieu du spectacle. Dans l’autobus, la tentation de demander aux gens : « Allez-vous en prison ? » Et d’ajouter : « Moi oui ! Et ça ne sera pas la première fois… » Mais je me suis retenu. Je suis quand même un garçon poli, parfois !

    Rendu sur le site du spectacle, un endroit magnifique aménagé de manière champêtre contrastant avec l’histoire du bâtiment, j’ai pu constater assez vite la diversité du public, dont la brochette d’âge était plus large que celle du public cible d’Hergé. 

    Puis, Mara Tremblay est arrivée, seule avec sa guitare et son violon. Elle irradiait une candeur qui ne cachait toutefois aucunement l’auteure-compositrice-interprète, violoniste et guitariste et réalisatrice chevronnée qui compte plus de 30 ans de carrière.

     Le public semble avoir été touché par son humour et sa virtuosité combinant spontanéité et minutie ainsi que par sa voix qui passe gracieusement de l’aigu au grave. Une voix délicate, mais capable de puissance à la fois. 

     Le spectacle, non officiellement nommé « Dénudée de gêne » a été l’occasion pour l’artiste d’interpréter près d’une quinzaine de chansons tirées de ses six albums de chansons originales, tout en prenant soin de mettre en évidence le vingtième anniversaire de son désormais classique Le Chihuahua. Par ailleurs, son interprétation de la pièce Le bateau m’a fortement ému, autant que la première fois que je l’ai entendue. Disons que cette pièce me fait penser à Sodade de Cesaria Evora : deux chansons tristes qui mettent de l’avant la guitare acoustique et un clip simple mettant en scène une maison sans trop de flafla. Deux chansons qui donnent des frissons. 

     Deux instruments et une personne sur scène ont été suffisants pour offrir un excellent spectacle. À noter les deux pièces au violon, dont L’Orange, laquelle semble avoir été incorporée pour le plaisir d’une spectatrice friande de violon. Selon une autre personne ayant assisté au spectacle, ledit violon sonnait anormalement comme un violon chinois. De mon côté, j’ai trouvé que ça permettait de voyager, de s’évader. Autre moment fort : son interprétation a capela de « Tu n’es plus libre », tirée de l’album Tu m’intimides.

   Tremblay, très à l’aise avec le public, n’a pas hésité à interrompre un de ses discours pour recevoir des mains d’une jeune enfant, que j’ai surnommée la pusheuse de pistaches, une de ses offrandes. L’artiste avait vraiment l’air sincèrement émue… Un autre discours fort, outre celui de sa relation chaotique, mais épique avec un homme qui lui a inspiré la pièce Elvis et plusieurs autres, est celui concernant les femmes qui avancent en âge. Elle encourage fortement celles-ci à rester elles-mêmes et à faire fi des diktats sociétaux sur l’apparence physique. 

   Point d’orgue : nous avons eu droit à une primeur, soit le fruit d’une semaine de travail avec le grand Gilles Vigneault. Très humble, l’auteure-compositrice explique avoir beaucoup appris de lui en matière de poésie et de prose. Elle admet toutefois, toujours avec humilité, que Vigneault a apprécié ladite chanson. Quand ce dernier dit une telle chose, on ne peut qu’être d’accord ! À propos de la chanson, je n’en dis pas plus… Je dirai toutefois que Tremblay reste fidèle à un de ses thèmes de prédilection : un amour cohabitant avec l’amitié, parsemé de beauté malgré les difficultés. 

    Lors d’un bref entretien avec Mara (elle ne veut pas que je l’appelle « Mme Tremblay »), cette dernière m’a avoué n’avoir pris qu’une heure pour préparer son spectacle, inédit et fait sur mesure pour l’occasion. Puisqu’elle semble être très à l’aise avec le public et sur scène, je lui ai demandé s’il y avait un stress à être sur scène et si oui, comment elle le combattait. « Je me suis conditionnée à ne plus être stressée, sinon ça gâche le plaisir… », m’a-t-elle expliqué.

     Un spectacle rempli de belles surprises qui a surtout permis de mettre de l’avant une artiste dont l’apport à la musique québécoise n’a pu qu’être davantage apprécié hier soir. 

 

Stephane Wrembel – Voix Folk – Scène Marmen – 23 h 

   Il est 23 h et je suis dans une microbrasserie (dans ce cas-ci, Le Temps d’une Pinte). Deux facteurs qui, habituellement, font en sorte que la soirée peut être longue et pénible… Heureusement, ce ne fut pas le cas. Toutefois, pour ce faire, il a fallu être le plus près possible de la scène, là où entre 15 et 20 personnes écoutaient réellement le spectacle donné par Stephane Wrembel et sa guitare. Dans ce type d’établissement, il faut pouvoir garder un certain focus, en raison du va-et-vient incessant de la clientèle. Mais grâce au talent exceptionnel (je dirais même la virtuosité) de Wrembel et de ses musiciens, j’ai pu passer un moment relativement agréable. 

Le musicien,  mélange de Django Reinhardt (dont il rend notamment hommage avec les pièces Les yeux noirs (Dark Eyes) et Improvisation No 2), de Rodrigo y Gabriel et de Jesse McCormack par l’intégration de sonorités latines, a souvent ébloui la majeure partie du public. Ses musiciens et lui ont même réussi à rendre la salle complètement silencieuse avec Voyager (for Carl Sagan), une pièce aux accents prog qui aurait très bien pu se retrouver dans une version acoustique de Meddle de Pink Floyd (un de mes trois albums préférés du groupe, en passant…) 

    Wrembel, qui est très rapide avec sa guitare, utilise la technique Reinhardt, c’est-à-dire qu’il n’utilise, pour sa main droite, que trois doigts. Par ailleurs, je me demande comment il a fait pour ne pas saigner des doigts… Parlant de virtuosité, les trois musiciens qui l’accompagnaient n’étaient pas en reste. Le guitariste Thor Jensen, tout en ayant un style très décontracté, n’a pourtant pas ménagé sa main droite pour suivre le groupe. Le batteur Nick Anderson est loin lui aussi de faire de la figuration ; j’ai trouvé que ça apportait même un côté jazzy et rock à la fois aux pièces. Le bassiste Ari Folman-Cohen s’est démené avec grand talent pour devenir, à mes yeux, un musicien qui pourrait facilement être repêché par un groupe de heavy métal en raison de son exécution frénétique ! 

   Bref, un quatuor très talentueux, mené par un Wrembel qui est resté stoïque et généreux malgré le bruit ambiant et un spectacle déjà dans le corps. Parlant de ce spectacle qui s’est déroulé plus tôt sur la scène des Voix Jazz,  mon collègue Jean-François Desputeaux a pu prendre quelques photos, disponibles en bas du présent article.  

 

 

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